♥ Serge ♥
Notre contée secrète
Il existe quelque part, mon amour, une contrée secrète que je suis seule à connaître, un endroit où mon cœur se retire pour te retrouver, dans mon port d’attache, là où nos deux rivières s'unissent pour ne former qu'un seul cours d'eau, où nous pouvons enfin se rejoindre sans craindre l’absence ni le silence. J’ai découvert ce rivage de falaises sablonneuses et de dunes sauvages où la brise vient effleurer les herbes hautes et déposer sur mes épaules la douceur de tes souvenirs. Lorsque je ferme les yeux, j’imagine que tu es près de moi, rêveur. La solitude alors est moins vaste.
Dans cette contrée où ton âme erre, je vois le reflet de ton visage sur des miroirs d’eau. Les nuits ont la douceur du velours et les astres veillent sur nos rêves comme de minuscules flammes qui refusent de s’éteindre. J’y garde précieusement chaque parcelle de toi, chaque sourire entrevu dans tes yeux, chaque instant que mon cœur aurait voulu retenir. Il y a entre les buissons fleuris, se cache une source dissimulée, un puits profond où je viens puiser l’essence même de mon amour pour toi. Jamais son eau ne se tarit, car ton souvenir demeure au fond de moi aussi vivant qu’au premier jour.
Sur les rives de notre contrée, l’onde murmure des mots trop intimes pour germer à la lumière. Elle emporte mes tendresses, mes regrets et mes espoirs, puis revient doucement vers moi comme le fait la marée qui retrouve toujours sur le rivage, semblant avoir recueilli quelque part un peu de ton âme. Oh comme j’aimerais que tu connaisses ce pays invisible où je ne cesse de t’attendre sans reproches, où mes bras demeurent ouverts et où mon cœur ne te demande rien d’autre que d’être toi-même. Là, tu pourrais déposer tes silences, tes fatigues et tout ce que le monde ne sait pas entendre.
Parfois lorsque le soir descend sur mon gîte, je laisse le vent traverser mes pensées et je lui confie encore ton nom, espérant qu’il traversera toutes les vallées et déposera entre tes mains, toute ma tendresse. Notre contrée secrète est aussi une berceuse que je fredonne tandis que chantent les d’oiseaux qui survolent ton ciel de nuit étoilé. Leurs notes d’or s’unissent en une sublime symphonie, celle de mon cœur qui, dans le secret de la nuit, ne sait chanter que pour toi. Si tu le désirais, tu pourrais aussi venir y déposer tes secrets et tes rêves d’errance.
Si tu savais combien de fois j’ai fait de cet endroit une prière silencieuse, pour qu’un jour, si ton cœur le désire, tu puisses retrouver le chemin de cette tendresse qui n’a jamais cessé de t’attendre. Et si un jour tu découvrais l’existence de cette contrée, mon amour, tu comprendrais qu’elle est née de l’essence de mon être, nourrie par mes rêves et protégée par mes larmes. Elle est ce royaume que je garde en moi, ce lieu que personne ne peut me ravir, parce que depuis toujours, au plus profond de mon cœur, notre contrée secrète porte ton nom et le mien.
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