♥ Serge ♥
Le chant qui porte ton nom
Mon amour, ce soir, j’ai regardé les oiseaux regagner leurs nids. Ils traversaient le ciel par petites grappes silencieuses, leurs ailes dessinant de fragiles arabesques dans la lumière mourante. Je les ai suivis des yeux jusqu’à ce qu’ils ne soient plus que de minuscules ombres au-dessus des toits. Et je me suis demandée, connaissent-il l’appel mystérieux qui les fait quitter l’arbre, un ciel familier pour aller vers un endroit qu’on ne peut encore voir.
J’aurais aimé avoir leurs ailes pour aller jusqu’à toi. Je serais devenue tourterelle et j’aurais traversé les matins brumeux, les pluies et les longues nuits simplement pour venir me poser un instant près de ta fenêtre. Je n’aurais rien demandé. J’aurais seulement attendu que tu lèves les yeux. Il y a des jours sombres où ton absence ressemble une alcôve dont on aurait oublié d’allumer une lampe. Et les jours passent, continuant leur ronde. Les jours reviennent, les oiseaux chantent et les fleurs s’épanouissent. Mais quelque chose demeure dans l’ombre. Toi mon amour. Ton souvenir vient parfois se poser sur moi avec la légèreté d’une plume.
Puis il suffit alors d’un rien pour que tout recommence. Une voix entendue, une chanson, une lumière particulière sur les rideaux, une odeur de pluie dans le jardin, un soleil qui cherche une épaule pour s’endormir et soudain, je te retrouve. Assez pour que mon cœur s’emballe à nouveau.
Je te retrouve dans les matins où la lumière semble hésiter avant d’entrer dans ma chambre. Je te retrouve dans le chant des oiseaux qui s’éveillent avant moi. Je te retrouve dans les soirs où une étoile apparaît au-dessus des maisons. Et lorsque les oiseaux se taisent, lorsque ma chaumière devient silencieuse et que la nuit vient déposer ses ombres sur les murs, c’est encore vers toi que mes pensées se tournent. Alors je me demande souvent, si tu penses à moi, si quelque part au milieu d’une journée mon souvenir vient toucher ton cœur comme une aile légère. Si tu t’arrêtes une seconde, si tu lèves les yeux vers le ciel et si sans savoir pourquoi, tu ressens cette étrange douceur qui nous visite lorsque quelqu’un pense très fort à nous.
J’aimerais croire que oui. Comme les oiseaux, chaque année, retrouvent un chemin qu’ils n’ont jamais oublié. Peut-être que l’amour possède lui aussi sa mémoire secrète. Peut-être qu’il sait retrouver celui qu’il aime, même après de longues absences. Alors je continue de regarder les oiseaux, je leur confie ton nom. Je leur demande dans un murmure de te déposer quelque chose de moi, que malgré le temps et malgré les jours qui passent je garde au fond de mon cœur, une place où ton nom demeure intact. Et peut-être qu’un matin, un oiseau viendra chanter près de ma fenêtre alors je sourirai parce que je voudrai croire qu’il revient de quelque part où tu étais et dans son chant mélodieux, il aura rapporté jusqu’à moi un peu de toi.
Mon amour, tu habites mon coeur et mon âme ne retient qu’un seul nom dans le vent et c’est le tien. M’aimeras-tu assez pour me revenir un jour ? Quand tu es là, tu mets dans mes yeux, les plus belles étoiles qui chantent aussi ton nom.
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