Ton île est une
terre secrète où le temps semble s’être arrêté et où les marées viennent
déposer leurs secrets au milieu des dunes sablonneuses. Elle porte ses rivages
à rêver de solitude. En ce matin d’aube rose, je pense à toi tandis que les
oyats frémissaient sous la caresse du soir. Le soleil a échoué sur ton île mon
amour. Comme moi, je voudrais aussi arriver jusqu’à toi et me reposer entre tes
bras, attendre que ton île s’endorme sous le murmure de l’écume, tandis que les
dernières lueurs du jour glisseraient sur ses landes.
Mon amour,
sur ton île, les oiseaux chantent ton nom aux vagues de soleil d’or qui me
berce tendrement. Je les entends et je porte à mes lèvres, ton doux souvenir
comme une liqueur douce qui m’abreuverait de tes succulents baisers.
Dans la nuit
qui monte dans la brunante, je pense encore à toi, à ta voix que je cherche désespéramment,
dans le chuchotis d’un soir d’été lorsque les lucioles éclairent les mots d’amour
que je viens t’écrire.
Ta voix est
comme une musique mélodieuse. Il suffit qu’elle me parvienne pour que quelque
chose en moi s’éveille. Mon amour, si tu savaiscombien j’aime entendre ta voix… Elle traverse mes
silences, bouleverse mes pensées et vient toucher en moi cet endroit secret où
je garde tout ce que je n’ai jamais osé te dire. »
·L’oyat — grande graminée qui pousse
dans les dunes.
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Mon amour, voilà
que les saisons poursuivent leur ronde chassant tranquillement les merveilleux jours
de l’été. L’automne s’est glissé dans les jardins avec ses matins de brume, ses
feuillages qui frémissent et ces après-midis où la lumière semble plus douce
comme si le soleil savait que les beaux jours s’éloignent. Bientôt il déposera sous
nos yeux, ses teintes cuivrées. Dans les arbres, les feuilles tremblent au
moindre souffle. Certaines se détachent et descendent vers la terre dans une
valse silencieuse.
Au-dessus d’elles,
les oiseaux se rassemblent, ils se rapprochent les uns des autres avant le
grand voyage, comme s’ils se racontaient en secret le chemin qu’il leur faudra
prendre. Puis un bon matin, ils décident de prendre leur envol, ils quittent
les branches familières, les jardins, les clochers, les vieux toits sous
lesquels ils avaient trouvé refuge. Ils s’élèveront dans le ciel en une longue
écriture mouvante.
Et moi, je
les regarde disparaître.Alors ma pensée
se tourne encore vers toi. Car moi aussi mon amour, je connais ce désir étrange
de vouloir partir vers quelqu’un. De quitter ses lieux où demeure l’absence
pour rejoindre celui vers lequel mon cœur aspire. Mais contrairement aux
oiseaux, je ne connais pas le chemin qui mène vers toi. Alors je demeure ici,
seule avec ma solitude, mon attente. Et aussi avec ton souvenir et cette
tendresse que les saisons n’ont jamais réussi à flétrir. Peut-être est-ce cela
qui me bouleverse le plus, tout autour de moi sait partir tandis que mon cœur lui,
ne sait pas s’éloigner de toi. Dans le silence qui m’entoure, il n’est pas un
instant où mon cœur cesse de te chercher.
Et dans la
parade du temps qui défile, les feuilles tombent. Les jardins se dépouillent.
Les jours raccourcissent. La première fraîcheur s’installe aux fenêtres. Et
pourtant, quelque part en moi, ton amour demeure dans une saison qui ne finit
jamais. Je t’aime dans les matins où la brume s’accroche aux prés. Je t’aime
lorsque les premières feuilles rousses viennent mourir sur les chemins. Je
t’aime dans le silence des soirées plus longues.Je t’aime lorsque le ciel devient gris et que la
maison semble écouter avec moi les bruits lointains du monde. Et parfois,
lorsque j’entends le cri d’un oiseau au-dessus des toits, mon cœur se serre. Je
me demande s’il ne serait pas un messager. S’il ne pourrait pas prendre dans
son bec, mes mots d’amour et venir les déposer près de toi. Je lui confie alors
ton nom. Je le supplie de ne pas l’oublier. Je lui demanderais aussi de
traverser les nuages, les forêts, les villes et les longues distances pour
aller te murmurer qu’ici, quelqu’un pense encore à toi. Quelqu’un qui regarde
les oiseaux partir et se demande si tu ressens parfois la même nostalgie.
Quelqu’un qui voudrait pouvoir s’envoler avec eux pou retrouver l’antre de tes
bras.
Mon amour,
mon cœur porte ton nom. C’est dans le ciel des nuits étoilées que ton ombre ranime
mes désirs. Sur tes lèvres, je ressens la douceur de tes baisers qui m’emportent
dans une lointaine contrée où le temps oublie d’avancer. Dans tes yeux où
divaguent tes sourires, mon regard se perd et se noie dans des vagues qui nous
emportent jusqu’au bout d’un voyage infini. Comme les oiseaux migrateurs qui
ont quitté l’automne pour revienir au printemps. Et tandis que le printemps fait renaître le
monde sous les cendres de l’hiver, le vent vient déposer à mon oreille l’écho
lointain de ta voix.
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Mon amour, ce soir, j’ai regardé les oiseaux
regagner leurs nids. Ils traversaient le ciel par petites grappes silencieuses,
leurs ailes dessinant de fragiles arabesques dans la lumière mourante. Je les
ai suivis des yeux jusqu’à ce qu’ils ne soient plus que de minuscules ombres
au-dessus des toits. Et je me suis demandée, connaissent-il l’appel mystérieux
qui les fait quitter l’arbre, un ciel familier pour aller vers un endroit qu’on
ne peut encore voir.
J’aurais
aimé avoir leurs ailes pour aller jusqu’à toi. Je serais devenue tourterelle et
j’aurais traversé les matins brumeux, les pluies et les longues nuits
simplement pour venir me poser un instant près de ta fenêtre. Je n’aurais rien
demandé. J’aurais seulement attendu que tu lèves les yeux. Il y a des jours
sombres où ton absence ressemble une alcôve dont on aurait oublié d’allumer une
lampe. Et les jours passent, continuant leur ronde. Les jours reviennent, les
oiseaux chantent et les fleurs s’épanouissent. Mais quelque chose demeure dans
l’ombre. Toi mon amour. Ton souvenir vient parfois se poser sur moi avec la
légèreté d’une plume.
Puis il
suffit alors d’un rien pour que tout recommence. Une voix entendue, une
chanson, une lumière particulière sur les rideaux, une odeur de pluie dans le
jardin, un soleil qui cherche une épaule pour s’endormir et soudain, je te
retrouve. Assez pour que mon cœur s’emballe à nouveau.
Je te
retrouve dans les matins où la lumière semble hésiter avant d’entrer dans ma
chambre. Je te retrouve dans le chant des oiseaux qui s’éveillent avant moi. Je
te retrouve dans les soirs où une étoile apparaît au-dessus des maisons. Et
lorsque les oiseaux se taisent, lorsque ma chaumière devient silencieuse et que
la nuit vient déposer ses ombres sur les murs, c’est encore vers toi que mes
pensées se tournent. Alors je me demande souvent, si tu penses à moi, si
quelque part au milieu d’une journée mon souvenir vient toucher ton cœur comme
une aile légère. Si tu t’arrêtes une seconde, si tu lèves les yeux vers le ciel
et si sans savoir pourquoi, tu ressens cette étrange douceur qui nous visite
lorsque quelqu’un pense très fort à nous.
J’aimerais
croire que oui. Comme les oiseaux, chaque année, retrouvent un chemin qu’ils n’ont
jamais oublié. Peut-être que l’amour possède lui aussi sa mémoire secrète. Peut-être
qu’il sait retrouver celui qu’il aime, même après de longues absences. Alors je
continue de regarder les oiseaux, je leur confie ton nom. Je leur demande dans
un murmure de te déposer quelque chose de moi, que malgré le temps et malgré
les jours qui passent je garde au fond de mon cœur, une place où ton nom
demeure intact. Et peut-être qu’un matin, un oiseau viendra chanter près de ma
fenêtre alors je sourirai parce que je voudrai croire qu’il revient de quelque
part où tu étais et dans son chant mélodieux, il aura rapporté jusqu’à moi un
peu de toi.
Mon amour,
tu habites mon coeur et mon âme ne retient qu’un seul nom dans le vent et c’est
le tien. M’aimeras-tu assez pour me revenir un jour ? Quand tu es là,
tu mets dans mes yeux, les plus belles étoiles qui chantent aussi ton nom.
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