♥ Serge ♥
Là où mon âme se brise
Il y a des soirs où la solitude entre en moi sans frapper, comme une brume venue de la mer qui s’installe lentement sur les chemins et efface jusqu’à l’horizon. Elle vient près de moi, silencieuse et tout à coup la maison paraît immense, les heures trop longues. Je suis seule. Alors la nostalgie revient, avec ses mains pleines de souvenirs et elle ouvre une à une les portes que j’avais essayé de refermer. Elle me ramène ton visage, ta voix, ton regard, tout ce que le temps n’a jamais réussi à emporter complètement de moi. Il suffit de si peu pour que je me sente projeter dans un autre temps. Sentir le soleil endormi sur ton épaule, le crépuscule remplir tes yeux d’admiration. Et ta voix que j’aime et tes lèvres qui ont gouté au délice des miennes. Elles se souviennent des souffles perdus lors de notre étreinte.
Aujourd’hui certains souvenirs sont devenus des étoiles trop lointaines : je les vois encore mais je ne peux plus les atteindre. Et pourtant, je continue de les regarder, parce qu’ils sont parfois tout ce qu’il me reste lorsque la nuit devient trop silencieuse. Il y a des jours où j’aimerais déposer ma tristesse quelque part, au bord d’une rivière, dans le creux d’un arbre, sous les branches où les oiseaux viennent se réfugier, et lui dire : reste là, je n’ai plus la force de te porter. Mais elle revient toujours avec moi, fidèle comme une ombre, et s’allonge à mes côtés lorsque vient le soir. Je voudrais pouvoir dire que je suis forte, que le temps m’a appris à ne plus attendre, mais mon cœur ne sait pas mentir : il y a encore en moi une place qui porte ton nom. Une place silencieuse, parfois douloureuse, que personne n’a su habiter comme toi. Et c’est peut-être cela, le plus difficile, continuer à vivre parmi les jours ordinaires avec un cœur qui, lui, demeure accroché à quelque chose d’inachevé. Cet amour envolé tellement trop tôt où les aurores nous cherchent encore avant que leurs larmes s’amoncellent sur la terre. Elles n’ont pas oublié nos courriers amoureux, les sourires dans tes yeux et mon cœur qui battait la chamade à ton approche, tellement plus fort que les tambours de l’orage. Mon amour, tu te souviens ? Elles gardent en souvenir nos tendres émois.
Je souris parfois, je parle, je fais semblant que tout va bien, mais au fond de moi il existe une petite chambre où la lumière ne pénètre presque plus, et c’est là que je vais lorsque tu me manques trop. J’y retrouve tout ce que je n’ai pas pu vivre avec toi, tous les mots restés au bord de mes lèvres, toutes les tendresses qui n’ont jamais trouvé tes mains.
Ma mélancolie est faite de ces choses-là : de ce qui aurait pu être, de ce qui n’a pas eu le temps de naître, de ce que mon cœur espère encore malgré lui. Et certains soirs, lorsque l’aube paraît encore bien loin, je me demande combien de temps une femme peut attendre avant que peut-être l’espérance vienne enfin faire chanter son cœur. Je ne connais pas la réponse. Je sais seulement que je continue d’aimer, même lorsque c’est difficile, même lorsque la solitude me serre le cœur, même lorsque mes rêves se dissipent au réveil comme de la buée sur une vitre. Alors je reste là, avec ma nostalgie, ma mélancolie et mes silences, essayant de trouver dans la nuit une petite parcelle de lumière à laquelle m’accrocher. Et peut-être qu’au fond, c’est cela qui me fait tenir encore : savoir que malgré tout ce qui me manque, malgré les jours qui pèsent et les nuits qui semblent ne jamais finir, mon cœur n’a pas complètement renoncé à croire qu’un jour, quelque part au bout de l’horizon, une lumière pourrait se lever et te ramener vers moi. Mon amour, vois, comme mon cœur est brisé, d’une blessure qui garde le silence et qui ne guéri jamais. Ton absence est une douleur inimaginable qui fait trembler tout mon être. Mon chagrin, tapi au fond de mon âme, confie au vent l’écho de mon cœur ; il l’emporte vers les grands monts, là où mon appel pourrait peut-être atteindre ton silence.
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