♥ Serge ♥
Pluie d’automne
Le ciel d’automne qui s’épanche en de longues complaintes grises laisse glisser des larmes célestes. Un manteau de brume et de perles enveloppe cette belle demeure d’or. L’automne pleure dans les bras du vent, tandis que les feuilles s’abandonnent à la terre comme des souvenirs que le cœur n’arrive pas à oublier. Et mon cœur lui ressemble, tandis qu’un épais brouillard paralyse mon âme. Mes pensées se perdent dans la brume, mes repères s’effacent et je ne distingue plus rien devant moi. C’est une averse continue qui tisse autour de moi un voile gris et m’isole du monde extérieur. C’est le temps du berceau de l’hiver, qui prépare la terre à s’endormir, tout comme mon cœur qui voudrait arrêter de souffrir.
Quand les feuilles rousses tourbillonnent dans le ciel gris, pareilles à mes pensées qui cherchent encore le chemin de ton cœur, mon amour, je me demande si le tien est lui aussi plongé dans cette même grisaille, ou si tu as déjà trouvé la chaleur d’un autre printemps, loin de mes tourments. Mon amour, les refrains de l’automne sont chargés de mélancolie. Les branches nues, qui tendent leurs bras vers le ciel comme des amants séparés, me rappellent, dans leur supplication muette, tout ce que mes mains voudraient encore retrouver des tiennes.
Les arbres se dépouillent de leurs dernières parures de diamants tristes et, sous leurs branches endeuillées, je recueille les larmes d’une saison qui ressemble étrangement à mon âme. Dans leur soupir se cache une tristesse que je connais bien, celle des êtres qui attendent en silence un bonheur dont ils ignorent s’il reviendra. Ma solitude hante les jardins déserts. Et lorsque le soir descend sur la campagne endormie, l’automne pleure ses dernières feuilles, tandis que moi, mon amour, je pleure tout bas cette tendresse immense qui n’a toujours pas trouvé le chemin de tes bras.
Même cette pluie d’automne ne saurait effacer les traces que tu as laissées dans mon cœur, où ton souvenir fleurit encore au milieu des saisons mortes. Chaque jour, sous les nuées grises, je dépose ton nom dans le secret de mes prières, espérant qu’un jour le destin te ramènera vers moi.
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