L’antre du silence
Il existe en moi un lieu que personne ne connaît, un endroit secret où je me réfugie lorsque le monde devient trop bruyant et que ton absence se fait trop lourde à porter. Je l’appelle l’antre du silence, mon merveilleux amour, parce que c’est là, dans cette profondeur invisible, que je peux encore te retrouver. J’y entre doucement comme on rentre au port lorsque tombe le soir avec la crainte de troubler le soleil qui s'avance dans le sommeil.
Là, tout devient plus calme. Les voix du monde s’éloignent, le temps semble suspendre sa marche, et il ne reste plus que ton souvenir qui vient doucement s’asseoir près de moi. Je ferme les yeux et je t’imagine devant moi, avec ton regard, ta voix, cette présence qui suffit à bouleverser tout mon être. Alors je n’ai plus besoin de te chercher parmi les visages qui traversent mes jours, car dans cet antre secret, ce n’est jamais un autre que je retrouve. C’est toi. Toi que mon cœur reconnaît sans hésitation.
Toi dont le souvenir possède encore le pouvoir étrange de faire naître une lumière dans les endroits les plus sombres de mon âme. Combien de fois ai-je voulu fuir les déceptions, les attentes qui s’éternisent, les espoirs qui tremblent, pour revenir m’enfermer dans ce refuge où personne ne peut me dire que je dois cesser de t’aimer. Car ici, je peux encore croire que tu n’es pas si loin. Je peux imaginer que ta voix franchit le silence pour venir jusqu’à moi, qu’elle se pose doucement dans mon cœur comme une confidence longtemps attendue. Et lorsque je pense à toi de cette manière, mon merveilleux amour, quelque chose en moi cesse enfin de souffrir.
Je sais bien que cet endroit n’existe que dans mon âme, mais qu’importe, puisqu’il est le seul lieu où la distance ne peut pas nous séparer. J’y garde précieusement les instants où je t’ai vu, les sourires de tes yeux, le son de ta voix, les émotions que ta présence a déposées en moi. J’y garde aussi tous les mots que ma timidité n’a jamais osé te donner. Ils dorment là, dans l’ombre, comme des lettres jamais envoyées, attendant peut-être le jour où j’aurai enfin le courage de les déposer entre tes mains. Et parfois, lorsque la nuit devient profonde, je me demande si, quelque part, dans ton propre silence, il existe un petit endroit où mon souvenir vient encore te rejoindre. Peut-être est-ce trop espérer. Peut-être est-ce simplement mon cœur qui refuse de laisser mourir ce qu’il a aimé avec tant de force.
Alors je retourne dans mon antre du silence, je ferme doucement la porte derrière moi et je viens m’asseoir auprès de toi, dans ce monde que mon amour a inventé pour que rien ne puisse t’en chasser. Là, je peux te regarder sans détourner les yeux, te parler sans que ma voix tremble, et te dire enfin tout ce que mes lèvres gardent prisonnier : tu me manques, mon amour. Tu me manques d’une façon que les mots ne savent pas contenir. Et tant que mon cœur saura encore prononcer ton nom, je crois que cet antre restera ouvert quelque part en moi, comme un refuge où, malgré la distance, malgré le silence et malgré le temps, je pourrai toujours venir te retrouver.
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