♥ Serge ♥
Là où s’en vont les oiseaux
Mon amour, voilà que les saisons poursuivent leur ronde chassant tranquillement les merveilleux jours de l’été. L’automne s’est glissé dans les jardins avec ses matins de brume, ses feuillages qui frémissent et ces après-midis où la lumière semble plus douce comme si le soleil savait que les beaux jours s’éloignent. Bientôt il déposera sous nos yeux, ses teintes cuivrées. Dans les arbres, les feuilles tremblent au moindre souffle. Certaines se détachent et descendent vers la terre dans une valse silencieuse.
Au-dessus d’elles, les oiseaux se rassemblent, ils se rapprochent les uns des autres avant le grand voyage, comme s’ils se racontaient en secret le chemin qu’il leur faudra prendre. Puis un bon matin, ils décident de prendre leur envol, ils quittent les branches familières, les jardins, les clochers, les vieux toits sous lesquels ils avaient trouvé refuge. Ils s’élèveront dans le ciel en une longue écriture mouvante.
Et moi, je les regarde disparaître. Alors ma pensée se tourne encore vers toi. Car moi aussi mon amour, je connais ce désir étrange de vouloir partir vers quelqu’un. De quitter ses lieux où demeure l’absence pour rejoindre celui vers lequel mon cœur aspire. Mais contrairement aux oiseaux, je ne connais pas le chemin qui mène vers toi. Alors je demeure ici, seule avec ma solitude, mon attente. Et aussi avec ton souvenir et cette tendresse que les saisons n’ont jamais réussi à flétrir. Peut-être est-ce cela qui me bouleverse le plus, tout autour de moi sait partir tandis que mon cœur lui, ne sait pas s’éloigner de toi. Dans le silence qui m’entoure, il n’est pas un instant où mon cœur cesse de te chercher.
Et dans la parade du temps qui défile, les feuilles tombent. Les jardins se dépouillent. Les jours raccourcissent. La première fraîcheur s’installe aux fenêtres. Et pourtant, quelque part en moi, ton amour demeure dans une saison qui ne finit jamais. Je t’aime dans les matins où la brume s’accroche aux prés. Je t’aime lorsque les premières feuilles rousses viennent mourir sur les chemins. Je t’aime dans le silence des soirées plus longues. Je t’aime lorsque le ciel devient gris et que la maison semble écouter avec moi les bruits lointains du monde. Et parfois, lorsque j’entends le cri d’un oiseau au-dessus des toits, mon cœur se serre. Je me demande s’il ne serait pas un messager. S’il ne pourrait pas prendre dans son bec, mes mots d’amour et venir les déposer près de toi. Je lui confie alors ton nom. Je le supplie de ne pas l’oublier. Je lui demanderais aussi de traverser les nuages, les forêts, les villes et les longues distances pour aller te murmurer qu’ici, quelqu’un pense encore à toi. Quelqu’un qui regarde les oiseaux partir et se demande si tu ressens parfois la même nostalgie. Quelqu’un qui voudrait pouvoir s’envoler avec eux pou retrouver l’antre de tes bras.
Mon amour, mon cœur porte ton nom. C’est dans le ciel des nuits étoilées que ton ombre ranime mes désirs. Sur tes lèvres, je ressens la douceur de tes baisers qui m’emportent dans une lointaine contrée où le temps oublie d’avancer. Dans tes yeux où divaguent tes sourires, mon regard se perd et se noie dans des vagues qui nous emportent jusqu’au bout d’un voyage infini. Comme les oiseaux migrateurs qui ont quitté l’automne pour revienir au printemps. Et tandis que le printemps fait renaître le monde sous les cendres de l’hiver, le vent vient déposer à mon oreille l’écho lointain de ta voix.
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